L’art du textile : la passementerie et le tissage

Le tissage de la moquette et la fabrication de la passementerie au théâtre de Fontainebleau

La restauration des textiles

La passementerie et le tissage au théâtre impérial du château de Fontainebleau

La passementerie est l’ensemble des articles et accessoires textiles, tissés et façonnés à la main ou à la machine, utilisés comme garniture dans l’ameublement (ex : franges, macarons, câblés de tissus, etc.) ou dans l’habillement (ex : galons d’ornement de vêtement appelés les soutaches).

Autrefois appelés « tissotiers » ou « ribandiers », les passementiers doivent leur nom, aux « passements » : des rubans bordant les vêtements.

La moquette est tissée, quant à elle, à la manière d’un tapis ou d’un tissu, sur un métier à tisser traditionnel.

Velours et envers de la moquette (appelé aussi « dossier » de la moquette) sont alors fabriqués simultanément, le velours étant alors tissé directement dans le dossier et retenu dans celui-ci par des duites ou fils de trame. Il existe 2 principaux procédés de tissage des moquettes : le tissage Axminster et le tissage Wilton qui permettent tous deux la fabrication de moquettes à motifs ou unies.

La passementerie

Fabrication d’une frange destinée aux canapés des salons ovales du théâtre. Actionnant les fils de soie tendus à la lève ou à la baisse par le biais de pédales, le tisseur assure l’entrecroisement nécessaire à la tenue des guipures qui forment les franges. Celles-ci sont calibrées grâce à une planchette qui en détermine la longueur. Le tisseur réalise 10 à 12 mètres par jour pour le modèle demandé.
Il conviendra ensuite de retordre les brins de la frange, un à un, grâce à un moulinet et un crochet, pour leur donner leur régularité et une longueur égale.
Lors de la fabrication d’une frange ou d’une crête, les fils de soie formant le luisant sont tendus sur le métier et divisés en deux nappes dont l’entrecroisement assure la cohésion du tissage. Pour la restitution des rideaux du salon carré du théâtre, ce sont 45 m de crête giroline, réalisée à la main et pour les canapés et fauteuils, 90 m.
La séparation entre les deux nappes nécessite d’enfiler chaque fil dans un maillon de verre, dits lisses, qui permet de lever et baisser chaque fil et donc d’obtenir la croisure nécessaire au tissage. Chaque fil de soie est enfilé séparément.
Les métiers à tisser les crêtes et galons sont continuellement inspectés pour surveiller les éventuels défauts ou les fils cassés. Pour les banquettes du parterre du théâtre, ce sont 420 m tissés mécaniquement après teinture spéciale des fils de soie qui ont été réalisés.
Métrage de frange à tête ronde destiné aux canapés des salons ovales du théâtre, soit 20 m. Chaque brin de la frange est retordu sur un crochet, à la main.
©Gilles Coulon. Oppic 26 avril 2018
Moules en bois destinés à être satinés ou roulés de soie pour former une partie du gland d’une embrasse. Chaque élément est habillé à la main par une ouvreuse, qui, à partir des agréments préparés un à un à l’atelier, organise le décor.
A l’arrière-plan, les glands d’une des embrasses des rideaux du salon carré du théâtre présentent des lacunes et des apprêts de soie déstructurés. Au centre, le gland reproduit par l’atelier Declercq passementiers montre les différents effets obtenus par l’association de guipures plus ou moins complexes, tels que la maille dite « grappé », brins perlés, brins carrés, cartouchages pour former les pétales…. Six embrasses ont été ainsi réalisées pour remplacer les anciennes trop dégardées.

Le tissage de la moquette

Préparation des bobines de chanvre pour le dossier des moquettes commandées pour le théâtre, soit 300 mètres de moquette à fleurs roses sur fond grenat, 420 mètres de moquette flammée et 80 mètres de moquette flammée à bordures.
Pour la moquette flammée du théâtre, considérée comme un uni, une bobine de laine correspond au poil, une bobine de chanvre au dossier et une bobine de lin assure le liage lors du tissage. Ces bobines permettent de tisser des pièces de 50 mètres.
A l’arrière du métier à tisser la moquette, le cantre rassemble toutes les bobines de laine nécessaires au tissage ;
Tissage de la moquette flammée ; sur le métier, les fils traversant le peigne sont croisés pour être liés et former des boucles grâce à des fers glissés en dessous. Grâce à un rasoir, ces boucles sont coupées pour créer le poil.
le fil qui sort de chacune est lesté pour assurer une tension correcte du fil et assurer un dévidage régulier lors de la progression du tissage.
Chaque pièce de moquette à motifs floraux est contrôlée et les éventuels défauts de tissage ou de tonte repris.
A l’issue du tissage, la moquette est retondue une fois pour assurer une hauteur de poil homogène ; chaque pièce passe sur un cylindre remplie d’eau chaude ;
Lors de la même opération, les pièces de moquette sont légèrement enduite de colle au revers afin de rendre le dossier plus résistant et éviter les déformations du tissage. Mises ensuite en balles, elles peuvent être livrées.
cette opération permet d’ouvrir chaque poil de laine et d’offrir une plus grande profondeur de coloris et le moelleux de la moquette.
©Gilles Coulon - OPPIC - septembre 2018

Retrouvez la présentation complète du chantier de restauration du château de Fontainebleau : Schéma directeur de rénovation, Modernisation des accueils de l’Aile Louis XV, Restauration du théâtre Cheikh Khalifa bin Zayed Al Nayan, Phase 2