L’Oppic vous donne « rendez-vous aux jardins » du 3 au 5 juin 2022

L’OPPIC vous donne « Rendez-vous aux jardins »

du 3 au 5 juin 2022

Cette dix-neuvième édition des « Rendez-vous aux jardins » est placée sous le thème des jardins face au changement climatique. Parce qu’aujourd’hui plus que jamais, il appartient à chacun de nous de s’engager en faveur de la lutte contre le changement climatique et la préservation des ressources naturelles.

Trois des projets de jardin conduits actuellement par l’OPPIC illustrent ces enjeux de développement durable qui sont intégrés depuis plusieurs années dans les contrats d’objectifs de l’établissement.
Si la stratégie environnementale que l’OPPIC a élaboré intègre des objectifs précis comme l’atteinte du niveau E3C1 pour toutes les constructions neuves, un programme environnemental pour toute opération en monument historique, elle inclut aussi les espaces non bâtis, pour le respect de la biodiversité, la gestion des ressources rares ou des plans de gestion vertueux pour l’environnement.

« Le programme des rendez-vous aux jardins »

Un jardin naît

« Hortus papyrifera » un jardin imaginé par Gilles Clément, Antoine Quenardel et Mirabelle Croizier (agence tout se transforme) dans le cadre du 1% artistique pour la BnF sur son site Richelieu rue Vivienne à Paris

Cette conception, « Hortus papyrifera » ou jardin de papier, prend place dans les 1660m² de la cour Vivienne qui redevient ainsi jardin. C‘était un désir fort des utilisateurs du lieu, en plein cœur urbain, de redonner de la place au végétal.

Antoine Quenardel, l’un des concepteurs du jardin, nous présente le projet :

« C’est après le départ des algécos, installés depuis le début du chantier de rénovation du Quadrilatère dans la cour Vivienne il y a 10 ans, que le chantier du jardin a pu débuter au début de l’année 2022 avec la mise en place des réseaux puis la préparation des sols.

Les sols qui étaient engazonnés (donc en terre) à l’origine du jardin au XIXe siècle avaient été recouverts d’une couche de graviers à la fin des années 1970, transformant le jardin Vivienne en une cour minérale quasi inerte.

Le projet de jardin « Hortus papyrifera » propose d’accueillir une importante biodiversité sur le site. Il rétablit des espaces plantés en lieu et place de ceux qui existaient auparavant, reprenant approximativement la partition entre allées minérales circulées et terre végétalisée du jardin, dessiné par l’architecte Labrouste. Il s’agit de tirer le meilleur parti du volume de terre supposé déjà en place. Or cette terre, malmenée depuis longtemps, est aujourd’hui totalement inerte.

La majeure partie de la biodiversité contenue dans la terre (les célèbres vers de terre mais aussi tous les micro-organismes invisibles à l’œil nu, comme les bactéries, champignons, protozoaires ou nématodes …), qui fait qu’un sol est vivant, a aujourd’hui disparu depuis la nécessaire installation, depuis 2011, des bureaux temporaires, puis de la base-vie de chantier. Or, on le sait aujourd’hui scientifiquement, les micro-organismes rendent de multiples et précieux services aux plantes. Ils ont un rôle majeur dans la décomposition de la matière organique, ils contribuent au recyclage des nutriments et facilitent l’absorption des éléments (sels minéraux et molécules d’eau) par les racines des végétaux, contribuant ainsi à la santé et la croissance des plantations.

Photos Jean-Christophe Ballot, mai 2022

Nous avons donc souhaité intégrer une étape « agro-écologique » au cours de laquelle la vie du sol aura - un peu - le temps de se rétablir, avant les plantations définitives. L’objectif est d’assurer le bien-être du jardin sur le long terme. Cette approche permet aussi de s’adapter à la période de plantation (qui court sous le climat parisien, lorsque la végétation est encore au repos, de novembre à avril) et de supporter en outre d’éventuels aléas de chantier (conditions météo, approvisionnement … confinements répétés).

Une prairie composée d’espèces florifères réputées pour améliorer le sol sera ainsi semée pour assurer le couvert végétal au cours de la première saison. »

La plantation des gros sujets a déjà été réalisée :

  • 2 Mûriers à papier ou Mûriers de Chine (Broussonetia papyrifera)
  • 3 Bouleaux à papier (Betula papyrifera)
  • 6 Buissons à papier (Edgeworthia papyrifera)
  • 4 Cerisiers à écorce de papier, Cerisiers du Tibet (Prunus serrula)
  • 3 Pins Napoléon (Pinus bungeana)
  • 5 Arbres de Judée à floraison blanche (Cercis siliquastrum ’Alba’)
  • 18 Palmiers de Chine (Trachycarpus fortunei)

Tous ces travaux ainsi que les travaux de terrassements, de fontainerie, de mise en place de l’éclairage, du mobilier, de la statuaire et des pots, se poursuivent jusqu’à l’été 2022.

A la rentrée de septembre 2022 c’est donc un jardin « transitoire » qui sera ouvert au public. Mais c’est à l’automne 2022, avec la plantation « définitive » des strates herbacée et arbustive et la mise en place des signalétiques définitives (botanique et artistique) que « Hortus papyrifera » prendra toute sa place au cœur de la ville.

Une allée historique qui achève sa restauration

L’allée du fleuriste du Château de Compiègne

Liaison principale entre la ville et la forêt, l’allée du Fleuriste est une longue avenue de 670m, qui borde au Sud le parc du Château de Compiègne. Sa restauration est en cours d’achèvement. Ces travaux étaient nécessaires au regard de l’état sanitaire des arbres, afin de garantir la sécurité des usagers mais aussi de rétablir la structure paysagère et l’aspect historique de cette allée.

Photos Adeline Derivery, mai 2022

L’architecte en chef des monuments historiques Eric Pallot, nous explique le projet :

" La restauration de l’allée du fleuriste était urgente. Cette dernière est extrêmement fréquentée par les compiégnois. En effet, elle permet l’entrée dans le parc clos du palais et l’accès à la foret. Elle accueille également les sportifs, les scolaires et autres promeneurs.
Les arbres sénescents, c’est-à-dire très âgés, menaçaient depuis de longues années la sécurité des usagers. Un grand nombre avait d’ailleurs déjà été coupé ces dernières années laissant la perspective se désagréger, tandis que la chaussée était parsemée de racines et d’ornières…

Afin de remédier à ses différents problèmes, une restauration globale destinée à redonner toutes ses qualités à cette allée tracée au XVIIIe siècle a été programmée.

Afin de garantir pendant toute la durée du chantier l’accès au parc par le public, le chantier a été divisé en deux phases : nous avons commencé les travaux en septembre 2021 par la section la plus à l’Est, où les arbres étaient les plus fragiles. Après l’abattage de 70 sujets sénescents, et d’importants travaux de terrassement destinés à redessiner le fossé et les talus qui avaient fondus, nous avons réalisé durant l’hiver la replantation de 175 arbres d’essences différentes. Le schéma de plantation a suivi le principe de progression établi sous le second Empire : des tilleuls en alignements depuis le départ de la patte d’oie, à l’Ouest, puis à mesure que l’on se rapproche de la forêt, érables, chênes et hêtres ponctuent progressivement les alignements pour aboutir à la grande demi-lune boisée d’une infinie variété d’arbres.

Les pelouses sont aujourd’hui en train de repousser et les deux tiers de l’allée ont retrouvé un revêtement d’aspect traditionnel, à la façon d’un « béton romain » fait d’agrégats calcaires en surface lié par du ciment blanc. Ce procédé, qui historiquement remplaçait le ciment par de la chaux (ancêtre du ciment) est très ancien. Il garantit un aspect très naturel tout en offrant une durée de vie longue et une utilisation aisée par les promeneurs, cyclistes et véhicules d’entretien autorisés.

Le chantier de la phase 2 (partie Ouest) est désormais bien entamé et se finira au début de l’automne prochain. Dans cette phase, les tilleuls, qui ont tous été replantés en 1985, ont été conservés. Les travaux se concentrent sur les allées, chemins et fossés qui parachèveront l’allée. "

Un espace paysager en devenir

La requalification de l’espace paysager entourant un nouveau bâtiment en cours de construction dans le parc et la Grande Halle de la Villette

Au cœur du parc de la Villette se construit, pour l’Etablissement du parc et de la Grande Halle de la Villette, un bâtiment d’exploitation, pour les équipes en charge du parc.

Le projet, conçu par l’Atelier du Pont Architecte, s’inscrit dans l’ancienne « Cité Jardin », un site porteur d’une urbanité écologique d’une grande qualité. La stratégie, développée pour la construction du nouveau bâtiment est d’exploitation est de réduire les espaces bâtis pour regagner des espaces de plein air et de pleine terre ; il s’agit ainsi de préserver et valoriser le patrimoine naturel en réduisant l’impact du projet sur le site.

Restituant au parc les espaces verts de l’ancienne Cité Jardin, le nouveau bâtiment sera protégé par une large noue plantée qui crée un bassin naturel et met à distance les espaces de travail du public. Sa forme courbe fait référence à l’aménagement général du site par Bernard Tschumi. Elle marque et accompagne une nouvelle entrée du parc sur la rue Adolphe Mille et délimite un jardin commun partagé.

La Cité Jardin de la Villette est un lieu préservé où se sont développés des essences variées et des arbres de hautes tiges, refuge de nombreuses espèces. » Le projet a été conçu dans le respect des normes environnementales actuelles : un bâtiment à ossature bois, une toiture végétalisée et une attention à la biodiversité existante.

Le bâtiment est végétalisé et cerné par une douve en eau circulante assurant tout un ensemble de fonctions écosystémiques (gestion des eaux pluviales, traitement des eaux par phytoremédiation, rôle bioclimatique, protection du bâti, aménité et bien-être au travail, création d’habitats liés à l’eau, îlots refuges…).

Pour apporter une plus-value environnementale, le projet comprend :

  • une toiture terrasse plantée de manière semi-intensive ;
  • la noue paysagère avec ses différentes composantes végétales organisées en fonction de leur rapport à l’eau ;
  • des aménagements interstitiels en pleine terre dans ses différentes strates arborées, arbustives ou herbacées ;
  • la mise en place d’habitats pour la faune ;
  • la préservation de 16 arbres remarquables identifiés et la plantation de 9 arbres ou groupes d’arbres.

Dès la conception du projet les architectes ont intégré à l’équipe de maîtrise d’œuvre les compétences d’un écologue pour les accompagner dans leur démarche.

Photos Sylvain Duffard, mai 2022

Jean-Louis Ducreux (Directeur d’Atelier d’Ecologie Urbaine / Docteur en Géologie Appliquée et Sédimentaire à l’Université de Lyon) écologue, nous présente son métier et la façon dont il intervient dans ce projet :

Qu’est-ce qu’un écologue ?
C’est un professionnel, généralement de niveau ingénieur dans un domaine de l’environnement ou des géosciences, qui apporte des éléments sur l’impact d’un projet sur son environnement et propose des solutions pour minimiser cette empreinte et si possible pour apporter un gain environnemental. Il travaille, notamment sur le protocole E.R.C : c’est-à-dire Eviter les impacts, les Réduire ou les Compenser, si E et R ne sont pas suffisants, que ce soit sur site ou en dehors du site.

Comment et à quel(s) stade(s) du projet il intervient ?
L’écologue peut intervenir tout au long du développement du projet, puis de son exploitation.

Au stade des études, il précise les enjeux environnementaux et notamment les points durs qui peuvent être morphogènes dans le projet.

Si de forts enjeux environnementaux rentrent en collision avec un projet, celle-ci peut générer des modifications de projet pour la recherche des E. et R. : modification d’implantation, d’emprise, sujétions constructives …. Cela peut aller dans des cas extrêmes à l’abandon du projet.

Lors de la consultation des entreprises, l’écologue participe à l’élaboration des pièces écrites et graphiques (palette végétale, gestion des eaux, charte environnementale…).

Au stade des travaux, il peut intervenir pour vérifier le suivi des consignes environnementales (protection des arbres par exemple ou des zones à forts enjeux écologiques).

Enfin, en phase d’exploitation, l’écologue intervient fréquemment pour le suivi des ouvrages environnementaux. Il écrit souvent le plan de gestion des espaces verts avec le paysagiste. Dans certains projets, des certifications sont établies (HQE, BREEAM, EFFINATURE…) qui imposent ce suivi pour montrer que les actions prises ont un effet réel.

Sur le projet particulier de l’EPPGHV comment et auprès de qui êtes-vous intervenu ?
Nous sommes intervenus dès la phase concours en étant membre de l’équipe de maîtrise d’œuvre.

Nous avons réalisé des diagnostics du site pour identifier les enjeux, rencontrer le personnel du parc de La Villette pour intégrer leurs expériences et remarques. Nous avons notamment proposé le tracé d’une noue périphérique pour gérer les eaux pluviales et apporter un gain de biodiversité par la réalisation d’écosystèmes liés à l’eau.

Nous avons écrit le CCTP espace vert et décrit la palette végétale, toujours en accord avec le personnel du parc. Nous avons travaillé sur la protection des arbres en phase chantier lors de la démolition.

Nous interviendrons dans le suivi de chantier.