« Rendez-vous aux jardins » 2021

« Rendez-vous aux jardins »

Juin 2021

Qu’ils soient lieux de promenade, de rêverie, d’agrément, destinés à la production, à la conservation ou à la décoration, qu’ils révèlent, soulignent, ou servent un bâtiment, chaque jardin à créer ou à entretenir est en soi une œuvre, un unicum vivant qui, pour un maître d’ouvrage comme l’OPPIC, s’aborde dans la même logique de conduite de projet que le bâti.

Ainsi, à l’occasion des « rendez-vous aux jardins », ce sont trois projets de jardins, à des stades et avec des enjeux différents, que l’OPPIC a souhaité mettre en avant pour illustrer la richesse et la diversité du patrimoine naturel sur lequel il intervient.

Un jardin en conception : « Hortus papyrifera »
imaginé par Gilles Clément / Antoine Quenardel et Mirabelle Croizier dans le cadre du 1% artistique pour la BnF dans le jardin Vivienne à Paris.

Un jardin mis en oeuvre : « le jardin des migrations du Mucem »
planté il y a 8 ans et conçu par l’agence APS dans le fort Saint-Jean, Mucem à Marseille.

Un jardin à restaurer pour assurer sa pérennité : l’exutoire du grand canal du Château de Fontainebleau,
rendue possible grâce au plan de relance engagé par l’Etat.

Hortus papyrifera

Une création paysagère pour le jardin Vivienne, de la Bibliothèque nationale de France, conçue au titre du 1% artistique

« Dans un quartier central du “Paris historique”, au cœur d’un bâti dense, dominé par le minéral et carencé en surfaces plantées, la Bibliothèque nationale de France offre des espaces de respiration sous forme d’avant-cours et de “possibles jardins”.

La Cour d’Honneur, la Cour Tubeuf et plus particulièrement le Jardin Vivienne - aujourd’hui cour - constituent l’essentiel de ces espaces.

La création paysagère de Gilles Clément, appelée « Hortus papyrifera ou jardin de papier », est basée sur la thématique des essences papyrifères, c’est-à-dire celles qui permettent de fabriquer du papier. Sa palette végétale se distinguera par sa diversité et sa luxuriance.

Les plantations de ce jardin débuteront à l’automne 2021.

Ce parcours inventif et original s’insère dans un projet paysager qui fait le lien entre le passé, le présent et le futur du jardin. Le projet prévoit en effet la restauration d’éléments patrimoniaux du site qui seront mis en scène au sein de la composition végétale, ainsi qu’un dallage polychrome en dialogue avec les bâtiments.

Le projet présenté par leurs créateurs, entretien réalisé le 14 mai 2021 :

Bibliothèque nationale de France. Site Richelieu. Création paysagère dans le Jardin Vivienne. Mai 2021 on Vimeo

Jardin des migrations du Mucem

8 ans après sa plantation, au fort Saint-Jean à Marseille

L’aménagement des espaces extérieurs du fort Saint-Jean, a été confié à l’agence APS, une équipe de paysagistes, urbanistes et architectes, basée à Valence. Il a été élaboré sur deux ans, de 2011 à 2013.

Il s’agissait d’offrir au public une promenade paysagère au cœur d’un jardin méditerranéen de 15 000 m2, révélant la situation exceptionnelle du fort Saint-Jean dans sa relation avec Marseille et ses horizons, entre la ville et le musée, entre l’histoire et son écrin contemporain.

A travers une succession de seize tableaux, ce jardin évoque le brassage des cultures autour de la méditerranée et des plantes qui les accompagnent.

Cette approche garantit un intérêt tout au long de l’année, indépendamment des périodes de floraison. Elle permet de valoriser une collection botanique de plantes méditerranéennes dans un contexte de jardin sec, demandant un entretien réduit et ne nécessitant aucun arrosage, engrais ou traitement phytosanitaire.

Ce jardin a été à l’origine conçu comme un projet exemplaire au regard du respect du patrimoine archéologique, architectural et naturel.

8 ans après sa plantation qu’est devenu ce jardin ?

Jean-Laurent Félizia, Paysagiste et Charlotte Lescale, Responsable d’équipe chez "Mouvements et Paysages",
qui assurent l’entretien et la médiation du jardin, répondent à nos questions.

Ce retour d’expérience est toujours précieux car même si chaque projet est unique et vivant ce qui le rend plus fragile encore, chaque expérience passée peut nous permettre d’anticiper ou d’appréhender mieux encore les « projets » de jardin à venir.

8 ans après, quelle est l’évolution du jardin par rapport à son dessin initial ?

On a toujours distingué plusieurs types d’espaces dans ce jardin : certains présentent réellement des collections comme « le chemin des aromatiques », où les végétaux sont étiquetés.

Ils sont plutôt voués à rester formels. Alors que d’autres espaces laissent beaucoup plus la place aux dynamiques naturelles et leur dessin évolue constamment.

En regardant par-dessus votre épaule, il y a-t-il des éléments qui n’avaient pas été prévus et qui auraient dû l’être ?

Il n’y a pas eu de grands changements au final. C’est un jardin naturel, qui respecte le cycle biologique des plantes, et parfois dans la nature, les choses ne fonctionnent pas tout à fait comme prévu. C’est ce qui fait la beauté et la liberté de ce jardin qui peut livrer quelques surprises.

Ponctuellement, quelques espèces ont dû être adaptées ou remplacées, mais chaque intervention ou adaptation s’appuie sur des observations précises et respecte la philosophie du jardin.

Et pour vous, qu’apporte un jardin au cœur d’un monument historique ?

Le jardin, par sa végétation, ses différents aménagements, sa topographie, son mobilier et ses constructions en pierres sèches, met en valeur les différents espaces du fort St-Jean. Il invite les visiteurs à explorer le lieu.

La typologie des espaces permet de déambuler, comme le long du chemin de ronde, ou bien de s’arrêter pour contempler l’horizon. A l’ombre des chênes verts, sur de grandes marches en bois utilisées comme estrade pour assister à des spectacles, sur l’espace de pique-nique, ou les chaises longues, il propose au visiteur de profiter de ce lieu vivant et de se l’approprier.

Le Jardin des Migrations, évoque , à travers les thèmes des tableaux paysagers et la palette végétale, les usages des plantes méditerranéennes qui ont accompagné les hommes dans leurs voyages au fil du temps.

Il transmet à la fois les usages passés des plantes tout en proposant un modèle de jardin naturel et économe en eau pour le futur. C’est aussi l’occasion de resituer le rôle historique de Marseille dans les échanges commerciaux multiculturels autour de la Méditerranée.

Ce qu’apportent les jardiniers au Jardin des Migrations ?

Outre les tâches de jardinage, ils ont un rôle de médiation et peuvent apporter aux visiteurs des niveaux de lecture différents du jardin. Des visites et des ateliers sont régulièrement organisés pour différents types de public.

L’un des enjeux est d’expliquer le cycle des plantes qui se développent quasiment en autonomie dans le jardin et conservent leur cycle naturel. Elles entrent en dormance, en séchant partiellement, durant la période la plus chaude, parant le jardin de couleurs jaune, brune ou rousse.

A l’automne et au printemps, saisons plus propices à son épanouissement, cette végétation retrouve son feuillage vert et ses floraisons parfois spectaculaires. La compréhension du jardin par le public est une des clés de la réussite de cet aménagement au cœur de la ville.

Cette « estivation », souvent interprétée comme un délaissement par le public, est un sujet important et récurrent qui permet de prendre conscience et comprendre le fonctionnement naturel de la végétation méditerranéenne qui est ici respectée.

2010

©Olivier Amselem - Oppic - 2010

2013

©Olivier Amselem - Oppic - 2013

2019

©Cyrille Weiner - 2019

Parc et Jardins du domaine de Fontainebleau

La rénovation de l’exutoire du grand canal, construit en 1600.

©Gilles Coulon - Oppic

Préparez votre visite des parc et jardins du château de Fontainebleau

Le château déploie ses divers corps de bâtiments sur un domaine de 130 hectares qui compte trois jardins et un parc, pour s’achever par la forêt.
La conception générale des jardins fut entièrement revue au cours du XIXe siècle : le jardin de Diane et le jardin Anglais adoptèrent ainsi des styles paysagers à l’anglaise.

Le Grand Parterre classique d’André Le Nôtre (1660-1664), et ses 14 hectares de jardin à la française, quant à lui, offre une expérience de l’espace. Il est prolongé, au-delà du bassin des Cascades, par un long parc que traverse, dans toute son étendue, le grand canal d’Henri IV.

La configuration actuelle du domaine, l’organisation du réseau de cascatelles et d’allées en étoile, résulte de la création, sous Henri IV (1606-1609), d’un grand canal d’une longueur de 1 140 mètres pour 40 mètres de large.

Ce grand canal est alimenté à la fois par les eaux venant des bassins des jardins (en amont avec un débit d’environ 40 l/s) et par des sources et des systèmes de drainage des coteaux sud du parc. La dénivellation maximale par rapport au terrain naturel est de 5 mètres.

L’ouvrage couvre une surface de 45 600 m² et a une contenance de 140 000 m3 d’eau.

Le schéma directeur de rénovation du château, lancé en 2014, concerne les espaces bâtis comme non bâtis, car la pérennité du patrimoine naturel que constitue les jardins et le parc est indissociable du château lui-même.

La préservation du parc cherche à faire perdurer sa dimension historique mais aussi à proposer des solutions aux enjeux les plus contemporains de préservation de l’environnement.
La gestion économe de la ressource en eau en est un aspect primordial.

La phase 2 du schéma directeur de rénovation va permettre d’engager une première série de travaux urgents sur certains ouvrages hydrauliques, dont les complexes d’étanchéité sont en mauvais état et ne remplissent plus leur usage.

Sont ainsi prévus dans les années à venir les travaux suivants :

  • La réparation des digues est et nord du Grand Canal ainsi que la restauration de son exutoire ;
  • La réparation de la digue de l’étang aux Carpes ;
  • La restauration de l’aqueduc François Ier, l’ouvrage le plus ancien de ce type du domaine et qui assure encore aujourd’hui un approvisionnement extérieur important d’eau dans le réseau hydraulique.

Le plan de relance gouvernemental, au titre de la « sécurité des ouvrages hydrauliques », permettra de lancer l’opération de réparation des digues est et nord du Grand Canal ainsi que la restauration de l’exutoire, du fait du classement de la digue est du Grand Canal comme « barrage de classe C », conformément au code de l’Environnement. Les autres opérations sont financées par la dotation du ministère de la culture pour le schéma directeur.

L’architecte en chef des monuments historiques, Patrick Ponsot, se fera accompagner, compte tenu de la technicité du sujet de la rénovation de l’exutoire par différents bureaux d’études techniques spécialisés qu sont BIEF (génie civil), CARICAIE (écologie et environnement), ESIRIS (géotechnique) et Atelier d’écologie urbaine (hydrogéologie).