8 mars 2020 : journée internationale des droits des femmes

8 mars 2020

Journée internationale des droits des femmes

6 femmes à l’honneur

La maîtrise d’ouvrage, l’architecture et la maîtrise d’oeuvre, l’exécution de chantier, ce vaste domaine dit « du bâtiment » est encore trop souvent associé à un monde masculin.
La situation est, en réalité, plus différenciée ; elle est d’ailleurs distincte selon les métiers.
Elle se vit aussi d’autant de manières différentes qu’il y a de femmes…

Elles sont architectes, chef de projets, chargée d’opérations, ingénieure d’études de prix ….

Ce sont les actrices des projets d’aujourd’hui et de demain, et ça tous les jours. Mais, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, l’Oppic a souhaité les mettre à l’honneur.

Karine Petit, architecte co-fondatrice de l’agence Du Cœur à l’Ouvrage

Portrait de Karine Petit sur le chantier du Théâtre de l’Est Parisien réalisé par Patricia Lecomte le 14.02.2020

Pourquoi avoir choisi ce métier ?
En regardant en arrière, je m’aperçois que c’est un choix qui s’est construit depuis l’enfance, inscrit dans un temps long et amendé de hasards et de rencontres de la vie. Exactement comme un projet !

Des pratiques artistiques et manuelles de mon entourage familial, mes professeurs d’arts plastiques et de philo ont nourri les prémices de l’envie ; je me souviens d’autres qui ont tenté de m’en dévier, en expliquant que c’était un métier d’homme, et que la déco serait préférable pour une fille !

Et enfin, la visite de l’école d’architecture Paris La Seine, dans les ateliers de la rue Jacques Callot, a confirmé ce choix : ça ne ressemblait en rien à une école, et c’est ça qui m’a plu !

Comment l’envisagez-vous en tant que femme ?
Les études ne m’ont pas trop confrontées à cette distinction de genre, car il y avait autant de filles que de garçons, à l’exception que la quasi-totalité des enseignants-praticiens étaient des hommes…

Le monde professionnel est un peu autre. C’est une question d’ailleurs car la profession ne reflète pas la parité : aujourd’hui, la majorité des élèves dans les écoles sont des filles alors que les femmes, à la tête d’une agence, restent en minorité.

Les phases de chantier cristallisent un peu plus la différence de sexe. Et le fait d’être une femme fait peut-être, que l’on a moins le droit à l’erreur, et que l’on doit davantage savoir de quoi on parle. C’est un inconvénient qui se transforme en avantage et qui nous amène à être plus créative, plus travailleuse et pugnace.

J’ai eu la chance, à la sortie de l’école, de me familiariser avec le chantier et ses codes, en y passant un an à temps plein, pour un projet de Patrick Bouchain, avec l’Oppic. De nombreux acteurs bienveillants ont permis une expérience professionnelle enrichissante qui m’a donnée une certaine confiance pour faire face aux futurs petits affronts. Pour ma part, j’envisage ma pratique comme un métier de service, au service des autres et à faire avec les gens pour qui nous construisons. Je ne pense pas que ce soit une posture plus féminine que masculine.

Est-ce que le fait d’être une femme dans le milieu de la maîtrise d’œuvre induit des différences ?
Non, je ne pense pas. Il reste encore rare de rencontrer des ingénieures ou des collaboratrices au sein d’une équipe (bureau d’études techniques, pilotes dit « OPC », économistes…). Les acteurs comme les maîtres d’ouvrage publics, les bureaux de contrôle, la coordination en matière de sécurité et de protection de la santé se féminisent davantage.

Une piste d’évolution ?
L’évolution de la place de la femme est sociétale, l’architecture suit et suivra ! Le piège serait d’instaurer des quotas ou ce genre de chose. Ce sont les projets et les démarches qui doivent avant tout être valorisés, pas le genre.
Il est cependant important de montrer que le fait d’être une femme n’empêche pas de faire ce métier et permet d’avoir une vie très épanouissante.

Une question que vous auriez aimé que l’on vous pose ?
Le fait d’être une femme peut-il présenter un avantage dans la pratique du métier d’architecte ?

Pauline Mauduit, chargée d’opérations à l’Oppic

Portrait de Pauline Mauduit sur le chantier de la Bnf réalisé par Patricia Lecomte le 20.02.2020

Pourquoi avoir choisi ce métier ?
La maîtrise d’ouvrage publique est, il me semble, l’un des meilleurs moyens de suivre la vie d’un projet d’aménagement de ses prémices à la réception des travaux. Accompagner toutes ses étapes permet d’apprendre sans cesse.

En outre, travailler à l’Oppic offre la possibilité de participer au développement de projets d’envergure sur du bâti souvent ancien et à valeur patrimoniale.

Enfin, il s’agit ici d’œuvrer pour préserver et donner à voir des lieux publics ce qui me motive particulièrement.

Comment l’envisagez-vous en tant que femme ?
Le fait d’être une femme ne change pas ma manière de pratiquer ce métier. L’héritage d’une ambiance 100% masculine du monde du bâtiment n’a plus lieu d’être et je trouve dommage qu’il conduise certaines femmes à se montrer plus « dures » que nécessaire. Je pars du principe qu’il suffit d’être compétent(e) pour être écouté(e).

Est-ce que le fait d’être une femme dans le milieu de la maîtrise d’ouvrage crée des différences ?
C’est essentiellement auprès des prestataires « chantier » que se fait la différence. Le préjugé qui survit le plus est celui qui laisse croire qu’une femme est forcément moins douée sur les sujets techniques qu’un homme.

Cependant, la différence de traitement la plus marquée est liée à l’âge plutôt qu’au genre. Être à la fois une femme et jeune est un beau challenge.

Une piste d’évolution ?
Chez nos interlocuteurs, peu de femmes sont à la tête des équipes, il faudrait voir plus de femmes sur des postes à responsabilité.

Cela dit, l’Oppic constitue aujourd’hui un parfait contre-exemple !

Une question que vous auriez aimé que l’on vous pose ?
J’aurais trouvé intéressant que des hommes soient interrogés sur les mêmes sujets afin de connaître leur perception et aussi parce-que c’est une bonne manière de leurs faire prendre conscience des inégalités qui subsistent.

Elise Jud, architecte du patrimoine, au sein de l’agence Patrick Ponsot

Portrait d’Elise Jud sur le chantier du château de Fontainebleau réalisé par Gilles Coulon le 24.02.2020

Pourquoi avoir choisi ce métier ?
Un appétit de recherche doublé d’une curiosité diversifiée, culturelle, artistique, mais également historique et bien sûr sociale.

Comment l’envisagez-vous en tant que femme ?
Peut-être par une approche plus instinctive. Connaître et comprendre l’histoire, l’architecture, la société liées à un monument, être en immersion dans une époque, ressentir de l’intérieur en privilégiant une approche sensible plus qu’une perception analytique externe.

Est-ce que le fait d’être une femme dans le milieu de la maîtrise d’œuvre induit une différence ?
Avant peut-être, aujourd’hui non : pour moi c’est davantage la manière, l’approche de l’architecte qui sont différentes, c’est tout !

Pourquoi si peu de femme parmi les ACMH ?
C’est sans doute un mélange de facteurs : des questions d’éducation, d’enseignement, de recrutement car je pense que les femmes ont toujours désiré s’engager dans cette voie. On ne leur a sans doute pas permis de le faire.

Une piste d’évolution ?
L’évolution consiste seulement à reconnaître et laisser l’accès de cette vocation à tous, qu’ils soient hommes ou femmes.

Une question que vous auriez aimé que l’on vous pose ?
« Quelles satisfactions en retirez-vous ? » _Car j’en retire une satisfaction très importante, celle de se sentir dans une transition, un passage entre passé et présent, la satisfaction de transmettre des repères culturels essentiels pour une meilleure compréhension de l’évolution de nos sociétés.

Alice Boër, chef de projets à l’Oppic

Portrait d’Alice Boer, sur le chantier du Musée de Cluny réalisé par Patricia Lecomte le 19.02.2020

Pourquoi avoir choisi ce métier ?
Au départ, j’ai surtout choisi d’être ingénieur en bâtiment, plutôt qu’architecte, mais cette dimension m’intéressait.
Aussi, la maîtrise d’ouvrage était le métier qui me rapprocherait le plus de l’architecture, en me permettant de participer à la définition complète d’un programme immobilier, au choix de l’architecte lauréat, et par la suite à l’adéquation des matériaux et des couleurs avec le projet, aux choix techniques de réalisation, etc.

Comment l’envisagez-vous en tant que femme ?
À vrai dire, je ne me pose jamais cette question et je ne saurais y répondre, car j’oublie mon genre en partant travailler.

C’est avant tout un métier très concret, enthousiasmant, sans monotonie, voire parsemé d’embûches parfois, de changements de caps en tout cas. Il englobe toutes les étapes de la vie d’un projet, depuis ses balbutiements jusqu’au moment où il prend enfin son autonomie, plusieurs années plus tard… C’est imagé, mais cela correspond à la réalité.

En revanche, si l’on étend le sujet à la différence d’être femme dans le monde du travail, il reste encore à travailler, par exemple à la suppression des écarts de salaires avec les hommes.

Est-ce que le fait d’être une femme dans le milieu de la maîtrise d’ouvrage induit une différence ?
Il y a encore quinze ou vingt ans, les femmes étaient très peu nombreuses dans le secteur immobilier, que ce soit dans la maîtrise d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre ou les entreprises.

Aujourd’hui, le métier de la maîtrise d’ouvrage est sûrement le domaine le plus féminin du secteur immobilier. Je n’ai que rarement perçu des différences de traitement en tant que femme, et encore ont-elles été ensuite vite écartées, notamment à propos de sujets relevant de la technique du bâtiment.

La différence salariale, toutefois, provoquée par le fait d’être une femme, et ensuite une mère qui pourtant participe aussi, de cette façon, à l’équilibre économique de la société toute entière, commence dès l’embauche, puis par un gel du salaire lors des congés maternité et parentaux.

La mise en application généralisée d’une grille salariale sans genre et sans exception, comme c’est heureusement déjà le cas dans de nombreux établissements (l’Oppic), participerait à la réduction, voire la suppression, de cette injustice.

Une piste d’évolution ?
L’essentiel reste de ne jamais se laisser abattre par une réaction sexiste, que ce soit celle d’un ou d’une professeure au moment de notre orientation dans un domaine réputé plutôt masculin, le commentaire d’un recruteur qui vous le déconseillerait pour votre bien, ou simplement notre propre réaction provoquée par la perplexité et la gêne de se faire siffler sur un chantier, au début de sa carrière. Heureusement, les temps changent et certaines attitudes évoluent.

Quoi qu’il en soit, toutes ces réactions ne doivent plus détourner les femmes de leur envie.

Une question que vous auriez aimé que l’on vous pose ?
As-tu conscience que tu vas mener en tant que femme deux combats : ta carrière et ta vie de mère tout en restant une femme épanouie ?

Pour toutes les femmes qui travaillent, la conciliation des deux combats reste malgré tout un véritable enjeu.

Pascaline Amouzou, ingénieure d’études de prix au sein de la société Premys

Portrait de Pascaline Amouzou, sur le chantier du Musée de la Marine réalisé par Patricia Lecomte le 19.02.2020

Pourquoi avoir choisi ce métier ?
J’ai choisi ce métier surtout parce qu’il est en adéquation avec mon projet professionnel et mes études à l’Ecole des Ingénieurs de la Ville de Paris (EIVP).
Je voulais depuis toujours être dans le monde du BTP pour gagner en compétences techniques afin d’en user plus tard pour la construction de mon pays d’origine.

En première année d’école d’ingénieurs, j’ai effectué un stage d’encadrement sur un chantier de bâtiment.
Le respect du budget établi pour le chantier était un sujet très important. Cela a piqué ma curiosité. J’ai tout de suite voulu découvrir le monde en amont d’un chantier de BTP. Au fil du temps, mon désir s’est orienté vers le métier d’Ingénieure Etudes de prix.

Comment l’envisagez-vous en tant que femme ?
Je ne suis pas certaine de me poser la question en ces termes, j’envisage le métier comme tout individu peut le faire. Mon objectif est d’abord de bien faire mon travail et ensuite toujours chercher à me perfectionner dans ce que je fais. Je n’ai jusque-là pas eu de barrages parce-que je suis une femme et j’espère que cela continuera ainsi.

Cela prouvera que les mentalités changent avec ce monde qui évolue et que de plus en plus d’hommes ne pensent plus que la place de la femme est cantonnée à des activités spécifiques.

Est-ce que cela fait une différence d’être une femme sur un chantier ?
Non, cela ne fait aucune différence, du moins jusque-là je n’en ai pas encore vue.

Une piste d’évolution ?
Une piste d’évolution souhaitable serait de favoriser la parité au niveau de la direction des bureaux d’études en général et des bureaux d’études de prix en particulier. Aujourd’hui, nous avons beaucoup plus de directeurs de bureaux d’études que de directrices dans le secteur du BTP.
Le développement de cette parité permettra d’encourager les jeunes femmes à se tourner vers le métier d’ingénieur tout en étant bénéfique pour la société. Cela ouvrirait la possibilité aux femmes de faire leurs preuves à ce poste de responsabilité.

Dorothée Riou, architecte au sein de l’agence LAN

Portrait de Dorothée Riou sur le futur chantier du Grand Palais, square Jean Perrin réalisé par Patricia Lecomte le 19.02.2020

Pourquoi avoir choisi ce métier ?
Je me suis au début orientée vers une école d’architecture en vue d’être formée au métier d’urbaniste. La planification urbaine et la question des villes étaient des sujets qui m’attiraient. Cependant, c’est finalement la pratique du projet qui m’a le plus intéressé et au lieu de bifurquer à mi-parcours afin de me spécialiser, je suis allée au bout de la formation d’architecte.

Comment l’envisagez-vous en tant que femme ?
Il y a depuis quelques années un équilibre entre la proportion d’hommes et de femmes dans les écoles d’architecture même s’il apparaît que plus d’hommes créent leur agence au sortir de l’école. Cette parité se retrouve dans les métiers qui nous entourent, Maîtrise d’ouvrage, Assistance à maîtrise d’ouvrage, bureaux d’étude.

Dans mon expérience professionnelle, le hasard a fait que dans la majorité des projets dont j’ai été en charge, mes interlocuteurs au quotidien ou les décideurs du projet étaient des femmes. Même si nos métiers renvoient encore une image principalement masculine, en fait les femmes sont présentes à tous les postes.

Est ce que le fait d’être une femme dans le milieu de la maîtrise d’œuvre induit une différence ?
En phase de conception je ne pense pas qu’il y ait de réelle différence. La conduite d’un projet et la conduite d’une équipe demandent des qualités qui ne sont pas genrées.

La question se pose par contre en phase d’exécution où le milieu du BTP est encore très masculin. Le fait d’être une femme peut amener à devoir plus qu’un homme prouver que l’on maîtrise son sujet.

Une piste d’évolution ?
Cette question porte plus globalement sur le monde du travail. En architecture les femmes sont largement représentées à divers postes mais peut-être pas assez à la tête des agences. Si la question de la reconnaissance des femmes architectes peut se poser, il ne faut pas pour autant que la reconnaissance du genre prenne le dessus sur la reconnaissance de l’œuvre.

Une question que vous auriez aimé que l’on vous pose ?
« Que pensez-vous des prix d’architecture dédiés aux femmes ? »