La dorure à la détrempe des boiseries du salon des portraits de l’Hôtel d’Evreux

Janvier 2020

La dorure à la détrempe des boiseries du salon des portraits de l’Hôtel d’Evreux

Technique utilisée par l’entreprise Gohard pour la restauration en 2019

Boiseries du salon des portraits avant restauration

La dorure à la détrempe est une technique utilisée par l’entreprise Gohar pour la restauration en 2019 du salon des portraits de l’Hôtel d’Evreux.

Le salon des portraits, nommés ainsi à cause des huit portraits de grands souverains européens contemporains de Napoléon III qui ce salon depuis le second Empire, n’avait pas connu de travaux de restauration depuis 70 ans !

Une étude, menée par l’architecte en chef des monuments historiques a permis de comprendre comment les décors du XVlll ème siècle ont été conservés pour l’essentiel et quelles ont été les modifications apportées sous Napoléon Ill.

La dorure a été rétablie à l’eau (ou à la détrempe) comme c’était le cas au XVlll ème siècle avec une répartition des mats et des brunis qui rehaussent le relief de ces boiseries sculptées de premier ordre.

La réussite de la dorure à la détrempe nécessite la mise en œuvre de différentes opérations par des compagnons ayant reçu une formation spécialisée sur plusieurs années.

Boiseries du salon des portraits en restauration

La méthodologie suivie par l’entreprise Gohard est la suivante :

L’encollage du bois et la pause d’un apprêt par couche à base de blanc de Meudon

L’encollage du bois consiste en la pose d’une fine couche de colle qui optimise l’adhérence des apprêts à venir. L’encollage (composé de colle de peau de lapin avec de l’ail, fongicide puissant pour le bois qui renforce le pouvoir d’accroche de l’encollage) s’applique bouillant sur le support afin de bien le pénétrer en profondeur.

La mise en apprêt permet de créer une charge, une épaisseur suffisante par couches successives appelées « Blancs ».

Entre 6 à 8 couches de blancs traditionnels (constitués à base de blanc de Meudon et de colle de peau) ont été appliqués , pour la restauration des boiseries du salon, de façon successive en pochant et lissant pour obtenir une épaisseur suffisante.

En effet, l’étape suivante de reparure nécessite une épaisseur plus ou moins importante suivant la qualité de la sculpture, de la profondeur des gravés (reparure) souhaité et dépendante du style de l’objet.

La reparure

C’est redonner de la parure ! C’est un moment charnière de la dorure à l’eau il est destiné à enrichir la sculpture de détails, à rendre nettes les moulures et les sculptures. Elle consiste à graver toutes sortes de motifs dans les apprêts à l’aide de divers fers à réparer.

La reparure fait partie intégrante du métier de doreur. Elle nécessite un long apprentissage et une connaissance des styles.
Elle représente, à elle seule, près de 50% du temps d’application alloué à la dorure. Grande particularité de la dorure française avec ses galbes et ses refends elle suit le style dont elle est issu.

L’encollage jaune ou le jaunissage

consiste à teindre les fonds des reparures avec un mélange de colle de peau dilluée à laquelle on ajoute de l’ocre jaune.

Cette opération permet de dégraisser le support, de le dépoussiérer et de teinter les fonds en jaune afin de pallier aux défauts de recouvrement de la feuille d’or provoqués inévitablement par l’inaccessibilité de certains recoins du relief sculpté.

Assiette rouge

La pose de l’assiette

Pour la restauration des boiseries du salon des portraits, l’assiette est composée essentiellement de bol d’Arménie, une argile (kaolinique) qui, lorsqu’elle est mouillée réactive le pouvoir calogène de la colle et permet la fixation, le collage de la feuille d’or sur le support, posée en trois couches. La qualité de l’assiette est déterminante pour l’obtention des brunis.

Assiette rouge et dorure à la feuille posée.

La dorure (pose de la feuille d’or à la détrempe)

La dorure à la détrempe (ou dorure à l’eau) est une opération très délicate (les feuilles d’or sont extrêmement fragiles, leur épaisseur varie entre 0.4 et 0.8 micron). La feuille d’or est aplatie sur le coussin à dorer en soufflant dessus (jonfler) et coupée avec un couteau à dorer, à la dimension nécessaire. Elle est ensuite déposé sur la palette et appliquée à l’endroit voulu, préalablement mouillé avec de l’eau claire .

Le brunissage

Le brunissage intervient après la pose des feuilles d’or lorsque le support est parfaitement sec. Il consiste à écraser, polir la feuille d’or sur son support, à l’aide d’une pierre d’agate, afin de lui donner un éclat qui contraste avec les autres surfaces restées mates.

Le matage

Le matage consiste à matifier certaines parties de la dorure en opposition avec les brunis, on créé ainsi un contraste donnant de la légèreté, une finesse de lecture de l’objet. Une eau légèrement additionnée de colle de base est utilisée à cette fin.

La patine

Après le brunissage et le matage, les raccords alors visibles sont patinés afin de les rendre non perceptible du reste de la dorure originelle, ou bien s’il s’agit d’une dorure totale, pour retrouver l’aspect qu’aurait une dorure ancienne.

Dans le cas du salon des portraits la tonalité de l’or a été obtenue en mélangeant de l’aquarelle et de la gouache avec de l’eau. Puis pour le doreur a fait revenir les brunis à la paume de la main et en lustrant au chiffon de coton doux.

Le salon des portraits avant restauration

Le salon des portraits après restauration