Palais de Chaillot

La renaissance de la Salle Gémier. Geste d’Or 2018.

La réponse architecturale a vite délaissé le programme initial, lui préférant la logique du schéma directeur qui a guidé la conception. Pour le réaliser, l’architecte Vincent Brossy et son équipe, BET Mizrahi avec Eric Bournique, CICAD OPC, et scénographie Changement à vue avec Michel Fayet, ont proposé une réponse radicale :
l’éventrement des terrasses monumentales dont les incertaines structures historiques en béton armé n’auraient pas permis d’accéder aux exigences d’une salle contemporaine, pour offrir alors la logistique d’un chantier à ciel ouvert aux grues et engins de terrassement. Il faut à cette occasion saluer le conservateur régional des monuments historiques de la DRAC Ile-de-France, Dominique Cerclet, ainsi que la conservatrice du domaine, Chantal Lavillaureix, pour leur capacité de dialogue face à une solution d’un abord aussi iconoclaste.

Réutilisant les anciennes carrières, le projet s’est glissé entre les fondations du palais du Trocadéro de Gabriel Davioud et du palais de Chaillot de Jacques Carlu qui l’avait phagocyté. Il a transformé l’essai de la salle Gémier, créée en 1965 par Jacques Le Marquet en remplacement d’un bar fumoir pourtant quintessence de l’art déco. Il vient aussi de redonner sens aux connexions des complexes niveaux historiques. Il offre une nouvelle vie aux espaces oubliés du théâtre :
la galerie des Nabis, les halls aux quatre colonnes, ou le vestibule. Régulée par ce faisceau de contraintes, la conception a généré la mise en accessibilité de l’ensemble du théâtre, la création d’une salle de type blackbox de 400 places, la plus grande à Paris, et la création d’un dispositif cohérent pour l’acheminement des décors depuis le boulevard Wilson, problème quotidien du théâtre depuis 80 ans.

Ce projet n’aurait pas pu être mené sans l’heureuse coïncidence de la restauration des revêtements en pierres du parvis bas, menée en parallèle avec Lionel Dubois ACMH. Après un désamiantage titanesque, 400T de gravats pollués, il a fallu mettre en œuvre un complexe d’étanchéité novateur pour y intégrer une redéfinition complète des dispositifs thermiques et acoustiques attendus sur la nouvelle salle. Lionel Dubois a également signé les zones de contact entre la nouvelle salle et les circulations, comme l’accès sur le hall aux quatre colonnes ou le palier de la musique entre vestibule et foyer.

Pour les méthodes et l’apport majeur de la préfabrication sous toutes ses déclinaisons, l’entreprise Léon Grosse, titulaire d’un macro-lot, a donné un système constructif cohérent à ces intentions. Sur une telle réalisation, les phases intermédiaires sont déterminantes :
butonnages, fonçage, ou blindage furent les clefs géotechniques pour passer de l’ambition à la réalisation. L’extraction d’environ 7000m3 de terrassement entre salle et tunnels vient rappeler les enjeux. Grâce à son implication massive sur le chantier et à la qualité de ses équipes pendant les 33 mois de chantier, pour laquelle il convient de remarquer l’énergie de François Cierzniak et la persévérance de Fabien Loiseau, sous la direction d’Olivier Bonnet.
Le maître d’ouvrage Oppic a su répondre à la réorganisation technique, administrative et financière de l’opération tout au long des sept années, à l’obtention d’autorisations administratives imbriquées, aux contraintes d’un chantier en site occupé, de l’occupation temporaire du domaine public ainsi qu’à la mutualisation des deux opérations et au déploiement logistique requis par les mouvements colossaux qu’elles imposaient.

Un livre, Renaissance de la salle Gémier, viendra bientôt compléter la mémoire de cette œuvre rare et de l’aventure de sa genèse.

Fiches techniques du Palais de Chaillot

Fiches techniques Palais de Chaillot.
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Galerie photo du chantier de rénovation du parvis bas et du Théâtre National de la Danse, au Palais de Chaillot 2014 - 2017